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Interview |
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Interview de
Amazon.fr avec SOAD:
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Amazon.fr : Vous souvenez-vous de vos débuts ?
Shavo Odadjian (Bassiste): Au départ, tout le monde nous disait : « Ça ne
marchera jamais avec ce chanteur! » Moi, je manageais le groupe (avant de le
rejoindre, NDLR). J'appelais tout le monde, je m'agitais dans tous les sens, et
en même temps je suivais mes études. Je me faisais des journées de 15 heures !
On n'avait pas encore de maquette, et on a décroché un premier concert où on
nous a dit : « Il faut que vous vendiez 75 tickets. » On en a vendu 150 aux
amis, à la famille ! Ce soir-là, il y avait six groupes à l'affiche, et tout le
monde a flashé sur nous ! Alors on a enchaîné les concerts partout à Los
Angeles, le Roxy, le Troubadour, le Whisky ; deux shows chaque mois minimum, et
on répétait sans arrêt. On savait que ça allait marcher mais quand les gens
entendent un truc neuf, il faut du temps. Bref, nos débuts ne furent pas faciles
– notre musique n'est pas facile ! – mais on s'est accrochés. Et puis à Los
Angeles, c'est encore plus dur, il y a des milliers de groupes !
Amazon.fr : La légende veut que Rick Rubin vous ait découverts. Comment la
connexion s'est-elle établie ?
Shavo Odadjian: Simplement. On jouait au Viper Room à Los Angles, Rick est venu,
il a aimé et tout de suite après le show, il nous a proposé de travailler avec
lui ! C'est l'époque où on donnait des tas de concerts, on était fatigués à
force d'écumer tous les clubs et de se faire promener par les maisons de
disques. Les labels tergiversaient, venaient quatre fois d'affilée nous voir
jouer sans parvenir à se décider. Avec lui, ça a été illico.
Amazon.fr : Quel est son influence sur la musique de System Of A down ?
Shavo Odadjian: Il a la passion. C'est un artiste et nous aussi, donc on se
comprend… On a de la chance, sans lui on ne serait pas là où on en est
maintenant ! Sa plus grande qualité, c'est sa simplicité. Il n'aime pas en faire
trop et il sait tirer le meilleur de chacun d'entre nous. En studio, il nous
tanne pour obtenir toujours mieux. Mais il n'essaye jamais de nous contrôler, de
nous dire comment faire. Il suggère simplement des trucs, c'est tout. Il est
très compréhensif, relax, bon esprit. C'est super de bosser avec lui, il sourit
même en studio ! Son but n'est pas de changer le groupe, mais de le faire tenir.
Ce qui n'est pas toujours simple ! On est très différents tous les quatre. Et si
on s'aime comme des frères et qu'on reste très proche les uns des autres,
parfois on s'engueule assez sauvagement.
Serj Tankian (Chanteur): Il possède aussi une oreille incroyable, et il a
beaucoup de bonnes idées d'arrangements. Il est très critique. Il est très bon,
très méticuleux, et il sait ce qu'il aime quand il l'entend. J'écris parfois
quelques paroles avec lui : on ouvre un bouquin, on chope un mot par hasard et
on se laisse emporter.
Amazon.fr : De quelle façon votre héritage arménien se manifeste-t-il dans la
musique de System Of A Down ?
Shavo Odadjian: Mes origines arméniennes sont très importantes dans ma vie de
tous les jours, mais s'il y a des accents arméniens dans la musique de System Of
A Down, ce n'est pas délibéré. On n'essaye pas de s'en empêcher, mais on ne se
force pas non plus. On ne se dit pas : « Tiens, faisons un morceau qui sonne
arménien. » C'est après coup parfois qu'on s'en aperçoit. Moi, je suis issu de
la deuxième génération. Je suis né en Arménie mais je suis arrivé aux States à
l'âge de quatre ans. Donc j'ai des souvenirs très innocents de l'Arménie, comme
des paysages magnifiques. Mais j'ai vu des tas de photos et je lis beaucoup –
j'aime bien apprendre des trucs sur mon peuple. À l'école, j'ai appris
l'histoire arménienne. Et même si je ne suis pas capable de citer des dates
capitales, je sais lire et écrire en arménien. Je connais même la grammaire ! Je
suis fier d'être Arménien.
Serj Tankian: Moi je ne suis pas né là-bas, mais je voulais voir mon pays. Alors
il y a deux ans, j'y suis allé et j'ai adoré… Il y a une véritable communauté
arménienne en Californie. Et tous ses membres sont très fiers de notre groupe
parce qu'on a fait passer le message sur le génocide et qu'on a fait quelques
trucs cool… En plus du fait que les gamins comprennent qu'on peut être un groupe
arménien et avoir du succès. On n'est pas du tout dans le trip « modèles », mais
j'imagine qu'on a un peu ce statut à leurs yeux.
Amazon.fr : Que pensez-vous de la scène metal actuelle ?
Shavo Odadjian: Je n'en suis pas très fier. Il y a quelques bons groupes, mais
pas assez. Les gens devraient être plus eux-mêmes. La plupart du temps, ils se
contentent de faire ce qui se vend. Prenez par exemple un groupe génial comme
Korn : tout le monde saute dessus et se met à faire la même chose, jusqu'à vous
dégoûter de Korn ! Nous on essaye toujours de se surpasser. Je ne peux pas dire
que le prochain album sera meilleur mais, en tout cas, il sera différent. On va
continuer à avancer, et si on s'aperçoit que la musique n'est plus aussi fraîche
qu'elle devrait être, on fera un break. Je ne crois pas qu'on splittera un jour
parce qu'on n'est pas un groupe à la mode. Donc, on a toujours l'opportunité
d'arrêter pour mieux recommencer.
Amazon.fr : Quelle est votre réaction face à la censure qui vous a frappé suite
aux événements du 11 septembre ?
Shavo Odadjian: Une de nos chansons intitulée « Chop Suey ! » a été censurée par
la radio. Elle n'a rien à voir avec la mort mais contient simplement le mot
suicide… En fait, on était bel et bien sur la liste des titres à ne pas
diffuser, mais les radios ont continué à jouer nos morceaux. On a eu de la
chance.
Serj Tankian: Cette censure, c'était vraiment n'importe quoi ! Même les Beatles
y ont eu droit à cause de « Lucy In The Sky With Diamonds » ! Chaque radio
décidait elle-même des chansons à passer ou non, sans s'occuper de la liste
officielle. Mais l'existence même d'une telle liste est aberrante. Pour un pays
qui la ramène sans arrêt sur la libre expression et le « first amendment »,
c'est plutôt décevant ! Il y a eu une énorme vague réac, personne ne voulait
entendre un mot de travers sur le gouvernement… On s'est alors retrouvés dans
une situation très bizarre : on a été très critiqués mais on n'a annulé aucun
concert ; on a essayé de nous empêcher de jouer à New York pour Halloween, mais
on a joué quand même. On s'est accrochés !
Amazon.fr : System Of A Down mis à part, comment avez-vous ressenti ce fameux 11
septembre ?
Shavo Odadjian: Je suis passé par toutes sortes d'émotions. D'abord
l'incrédulité – je croyais regarder un film. La peur – j'ai été choqué – puis la
colère, et enfin la tristesse. C'est horrible, impardonnable. Et ce n'est pas un
truc typiquement américain – cet événement concerne l'humanité tout entière. Des
gens de toutes les nationalités sont morts.
Serj Tankian: Je regardais la télé et c'est l'un des trucs les plus effrayants
que j'aie vu de ma vie. J'ai pensé que c'était la fin du monde. Moi qui croyais
que c'était dans dix ans, j'y étais déjà ! (rires)
--Propos recueillis par Sabrina Silamo. |
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